Un meuble sur quatre vendu en France est aujourd’hui d’occasion, et près d’un Français sur deux achète désormais d’occasion. La question que l’on me pose le plus souvent en salon découle directement de là : faut-il purifier un objet d’occasion avant de le faire entrer chez soi, et si oui, comment.
Je vais vous répondre avec 3 méthodes simples, et pas seulement avec de l’encens. Parce qu’il y a dans cette question deux choses très différentes, et que l’une d’elles est beaucoup plus simple qu’on ne le croit.
Ce que porte vraiment un objet d’occasion
Commençons par le plus concret. Un meuble acheté en brocante a vécu dans une maison, avec son humidité, ses produits d’entretien, ses odeurs de cuisine, parfois sa fumée de cigarette. Un tiroir fermé pendant dix ans garde tout cela. C’est physique, c’est mesurable, et c’est souvent ce que vous sentez en ouvrant la porte d’une armoire.
Vient ensuite ce dont je m’occupe, et que je formule prudemment : un objet qui a beaucoup servi garde la trace de l’usage qu’on en a fait. Une alliance portée cinquante ans n’est pas une alliance neuve. Un lit où quelqu’un a été longuement malade n’est pas un lit de catalogue. Vous n’avez pas besoin de me croire sur parole, et vous le constaterez peut-être vous-même : certains objets se font oublier tout de suite, d’autres non.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Alphonse de Lamartine, « Milly ou la terre natale », 1830
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »
La question n’est pas neuve : Lamartine se la posait déjà devant les objets de sa maison d’enfance.
Ma règle est simple. On commence toujours par le concret, parce que le concret règle la majorité des cas, et parce qu’une armoire qui sent le renfermé ne demande pas de la sauge, elle demande de l’air.
Avant de parler d’encens, trois choses à savoir
Deux plantes reviennent dans toutes les conversations, le palo santo et la sauge blanche. On me demande laquelle choisir. Ma réponse surprend souvent : commencez par savoir ce que vous achetez, parce que ces deux produits posent des problèmes réels que les boutiques ne mentionnent jamais.
Le palo santo n’est pas un seul arbre, mais deux
C’est la confusion la plus répandue, et elle a des conséquences très concrètes.
Le palo santo que l’on brûle en bâtonnets est le Bursera graveolens, un arbre des forêts sèches de la côte Pacifique d’Amérique du Sud. Il n’est pas inscrit à la convention CITES, et l’Union internationale pour la conservation de la nature le classe en préoccupation mineure. Autrement dit, il n’est pas menacé d’extinction, contrairement à ce qu’on lit partout.
En revanche, il est surexploité localement. L’Équateur limite l’exportation de grumes brutes et le Pérou impose des interdictions de récolte périodiques pour laisser les populations sauvages se reconstituer.
Et il existe un second arbre appelé palo santo, le Bulnesia sarmientoi, du Gran Chaco. Celui-là est bien inscrit à l’annexe II de la CITES depuis 2010, pour son bois, sa poudre et ses extraits. Ce n’est pas le même arbre, ce n’est pas la même famille botanique, et c’est lui que concernent les restrictions internationales.
Ce qu’il faut en retenir si vous achetez : demandez le nom latin. Bursera graveolens, récolté sur bois mort tombé naturellement, issu d’Équateur ou du Pérou avec une mention de provenance. Si le vendeur ne sait pas, passez votre chemin.
La sauge blanche pose un problème plus grave
La Salvia apiana ne pousse naturellement que sur une bande étroite, entre Santa Barbara et le nord de la Basse-Californie. Nulle part ailleurs sur Terre.
La demande mondiale liée aux pratiques de purification a fait exploser le braconnage. La California Native Plant Society documente des prélèvements à l’échelle industrielle : des centaines de kilos emportés en une seule nuit dans des réserves écologiques, plus de neuf tonnes estimées sur la seule réserve de North Etiwanda en cinq ans, et une saisie unique de près de cinq cents kilos.
Les conséquences ne sont pas seulement symboliques. La sauge blanche nourrit des pollinisateurs locaux, bourdons et sphinx, sa disparition favorise l’érosion des sols, et elle appauvrit la diversité génétique des populations sauvages. Pour les peuples autochtones de la région, qui l’utilisent en cérémonie et en médecine, c’est une pratique culturelle entière qui est menacée.
Je ne vous dis pas de ne jamais en utiliser. Je vous dis de savoir d’où elle vient, et de considérer qu’une plante qui pousse à neuf mille kilomètres n’est peut-être pas la plus évidente pour purifier un objet acheté dans le Loiret.
Ce que j’utilise, et qui pousse à côté de chez vous
Le romarin, le laurier, le thym, la lavande, l’armoise commune, le genévrier. Toutes se cultivent ou se trouvent facilement en France, toutes se font sécher en bouquet, et toutes font très bien le travail. La fumée n’a pas de nationalité.

Le gros sel aussi, que l’on trouve dans toutes les cuisines, et dont je reparle plus bas.
Purifier un objet d’occasion : 3 méthodes simples
Voici ce que je donne à mes clientes. Trois méthodes, rien d’exotique, et une règle : elles viennent toujours après le nettoyage, jamais à sa place.
Avant toute méthode, nettoyez pour de vrai
Le bois se lave au savon noir dilué, puis se sèche aussitôt. Les tiroirs se vident, se passent à l’aspirateur dans les angles, se frottent au vinaigre blanc dilué. Les textiles passent en machine ou chez le teinturier, sans exception.
Pour les odeurs tenaces dans un meuble fermé, posez une coupelle de bicarbonate de soude à l’intérieur et refermez trois jours. Il absorbe, il ne masque pas.
Méthode 1 · L’air et la lumière, pour les meubles et les grands objets
C’est la première, et souvent la seule nécessaire. Un meuble, une valise, un cadre, un miroir : posez-les dehors une demi-journée, à l’ombre si c’est fragile. L’air et la lumière font un travail que rien ne remplace, et beaucoup d’objets n’ont besoin de rien d’autre.
Pour un meuble fermé, laissez les portes et les tiroirs ouverts.
C’est d’ailleurs ce que l’ADEME recommande pour la maison elle-même : ouvrir grand ses fenêtres cinq à dix minutes chaque jour suffit à renouveler l’air des pièces. Ce qui vaut pour une pièce vaut pour un tiroir resté fermé dix ans.
Méthode 2 · Le sel, pour les bijoux et les petits objets
Les bijoux, les pierres, les petits objets en métal ou en verre se posent une nuit dans une coupelle de gros sel sec, sans les enterrer complètement. Le matin, vous jetez le sel. Pas à l’évier, dans la poubelle ou au compost.
Attention : l’eau salée attaque les métaux et certaines pierres poreuses. On utilise du sel sec, jamais de bain salé, sauf à vouloir abîmer une chaîne en argent.

Méthode 3 · La fumée des plantes, en dernier et en conscience
Un bouquet de romarin ou de laurier sec suffit, nul besoin de faire venir une plante de l’autre bout du monde.
Une fenêtre ouverte, toujours, sinon la fumée tourne dans la pièce et retombe sur ce que vous venez de nettoyer. Vous allumez, vous laissez la flamme s’éteindre d’elle-même, et vous faites circuler la fumée autour de l’objet plutôt que dessus.
Ce n’est pas une précaution de principe. En 2017, une étude cofinancée par l’ADEME a mesuré neuf encens vendus en France dans une maison expérimentale : leur combustion libère du benzène et du formaldéhyde à des niveaux élevés, et les émissions restent fortes pendant l’heure qui suit. D’où la fenêtre ouverte, et la courte durée.
Trente secondes suffisent. Ce n’est pas la quantité qui compte, et une pièce enfumée n’est pas une pièce purifiée, c’est une pièce enfumée.
Laquelle choisir ?
Un meuble, un cadre, une valise : l’air et la lumière. Un bijou, une pierre, un petit objet en métal ou en verre : le sel. Un objet qui a une histoire lourde, porté longtemps ou venu d’une succession : les trois, dans cet ordre.
Pour finir, posez-lui une intention, et dites-la à voix haute
C’est la partie que l’on me demande rarement et qui change le plus de choses. Vous tenez l’objet, et vous formulez simplement ce qu’il devient : il est à vous, il entre chez vous, l’histoire d’avant reste dehors.
Dire les choses à voix haute n’a rien de mystérieux. Cela vous engage, et cela marque un avant et un après.
Les cas particuliers qui reviennent le plus
Un bijou de famille
C’est le cas le plus délicat, parce qu’on ne veut pas effacer la personne. Et il ne s’agit pas de cela. On ne purifie pas la mémoire, on allège ce qui pesait : la maladie des derniers mois, un conflit de succession, le chagrin.
Sel sec une nuit, puis portez-le une première fois un jour tranquille, chez vous, pas pour une occasion importante. Vous saurez très vite s’il vous va.
Un lit, un matelas, un canapé
Le matelas d’occasion, je vous le déconseille, et pour des raisons bien plus terre à terre que les miennes. Pour un sommier ou un cadre de lit, sortez-le, nettoyez-le, laissez-le respirer une semaine avant de dormir dessus.
Un miroir ancien
Lavez-le au vinaigre blanc, séchez-le, et posez-le d’abord face au mur une nuit avant de l’accrocher. Puis regardez où vous l’installez : un miroir ne se place pas n’importe où, et c’est un sujet à lui seul.
Un objet reçu d’une personne que vous n’aimiez pas
La vraie question n’est pas comment le purifier, mais pourquoi vous le gardez. Il n’y a aucune obligation à conserver un objet. La purification ne remplace jamais une décision.
Une âme peut-elle rester attachée à un meuble ?
C’est une question que l’on m’a posée bien des fois sur mon stand, au salon de Saint-Père-sur-Loire : un meuble qui vient d’une brocante ou d’un héritage peut-il garder près de lui son ancien propriétaire ? Autrement dit, la grand-mère est-elle encore accrochée à la commode ?
Je fais une différence nette entre deux choses. La trace, d’abord : l’usage, les années, l’ambiance d’une maison, que presque tous les objets anciens gardent un peu, et que les 3 méthodes allègent. La présence, ensuite : une âme qui n’est pas partie. C’est beaucoup plus rare, et ce n’est pas le meuble qui la retient.
Quand une âme reste, c’est qu’il y a un blocage, et ce blocage tient aux personnes, pas au bois. Très souvent, c’est un secret de famille qui n’a jamais été dit. Le meuble n’en est que le témoin.
« Un encens ne retire pas une âme errante. Sinon, elle serait déjà partie. »
Stéphanie Desmaret, géobiologue à Montargis
C’est ce que je réponds chaque fois qu’on me demande s’il vaut mieux du palo santo ou de la sauge. Aucune fumée ne fait partir une âme. Ce qui l’aide, c’est d’être reconnue : on s’adresse à elle avec bienveillance, on comprend ce qui la retient, et on fait la transition avec elle. C’est un travail de médiation, qui se fait pendant un soin énergétique de la maison, et qui se passe très bien quand il est fait avec douceur.
Pour un meuble hérité d’un proche, il existe aussi une autre attache, plus simple et bien plus fréquente : la nôtre. Ce qui pèse, c’est parfois le chagrin, ou la gêne de ne pas aimer ce meuble autant qu’on le devrait. Là encore, on ne purifie pas la mémoire, on allège ce qui pesait.
Rien de tout cela n’est fait pour inquiéter. Dans l’immense majorité des cas, un meuble ancien n’a besoin que des 3 méthodes. Et les signes par lesquels un proche disparu se fait remarquer méritent un article à eux seuls : j’y reviens très bientôt.
Quand cela ne suffit pas
Il arrive qu’un objet reste inconfortable après tout cela. Dans ce cas, je regarde rarement l’objet seul : je regarde l’endroit où vous l’avez posé.
Un meuble qui ne va nulle part dans une maison dit souvent quelque chose de la maison, pas du meuble. Une veine d’eau qui passe dessous, un emplacement qui coupe un passage, une pièce qui n’a jamais trouvé sa fonction. C’est là que mon travail de géobiologue commence vraiment, et cela se regarde sur place ou à distance.
Mais essayez d’abord ces 3 méthodes. Dans la grande majorité des cas, elles suffisent, et je préfère vous le dire que vous vendre autre chose.
Les questions que l’on me pose le plus
Faut-il purifier tout ce qu’on achète d’occasion ?
Non. Un livre, un vase, un objet qui a peu servi n’ont besoin de rien d’autre qu’un nettoyage. Gardez les trois méthodes pour ce qui a été porté, ce sur quoi on a dormi, et ce qui vient d’une succession.
Combien de temps cela prend-il ?
Une demi-journée dehors, une nuit de sel, trente secondes de fumée. L’essentiel est le temps d’attente, pas le temps de travail.
Peut-on le faire soi-même ?
Oui, et c’est même préférable. Vous êtes la personne qui va vivre avec cet objet. Ce que je fais, moi, concerne les lieux, pas les objets isolés.
Et si je n’ai ni sauge ni palo santo ?
Un bouquet de romarin sec de votre jardin fera exactement le même travail, sans faire voyager quoi que ce soit ni priver personne de sa plante sacrée.
Le palo santo ou la sauge font-ils partir une âme attachée à un objet ?
Non. Une fumée ne fait pas partir une âme : si c’était le cas, elle serait déjà partie. Ce qui l’aide, c’est d’être reconnue avec bienveillance, lors d’un soin énergétique de la maison.
Pour résumer
Purifier un objet d’occasion, c’est d’abord le nettoyer vraiment. Ce sont ensuite 3 méthodes : l’air et la lumière pour les meubles, une nuit de sel sec pour les bijoux, un peu de fumée de romarin ou de laurier, fenêtre ouverte, si l’objet a une histoire lourde. C’est enfin une phrase dite à voix haute qui marque qu’il est à vous.
Et si vous achetez de l’encens, demandez le nom latin et la provenance. Vos objets n’en seront pas moins propres, et quelques forêts s’en porteront mieux.
Vous avez un objet dont vous n’êtes pas sûre ? Écrivez-moi, je vous dirai franchement s’il relève de ces trois méthodes ou d’autre chose.
